Holden, mon frère
Résumé:
Kévin Pouchin vient d’une famille défavorisée, dans laquelle la lecture et la culture classique sont méprisées. Un seul mot d’ordre y règne : « Connais ta place ! ». La mère de Kévin lui reproche de « parler maniéré », avec des « grands mots » et des « phrases tarabiscotées ». Le jeune homme se sent différent du reste de sa famille, avec qui il peine à s’entendre. Un jour, alors que Kévin sort de son HLM pour éviter les crises de colères de sa mère, il décide de se rendre à la bibliothèque, pour y trouver un peu de chaleur. Il y retrouve Laurie, la première de la classe, qui y passe tout son temps libre, et Irène, l’ancienne directrice de la bibliothèque. Irène prend le jeune homme sous son aile et décide de faire son éducation littéraire, en commençant par L’attrape-cœurs. Kévin lit le roman en cachette, terrifié à l’idée d’être surpris par ses parents, ou par les autres élèves de sa classe. Cette lecture est une révélation pour Kévin : le jeune homme s’identifie au héros, Holden, qui erre dans sa ville après avoir été renvoyé de son lycée. Avec l’aide de Laurie et d’Irène, Kévin améliore peu à peu ses notes, et ses relations avec sa famille. C’est bientôt à son tour d’aider Irène, envoyée par sa fille en maison de retraite…
Publié par: Université Sorbonne Paris Nord

Commentaire:
Un roman plein d’humour sur un sujet qui n’est pourtant pas drôle, celui du déterminisme social. L’histoire est racontée du point de vue de Kévin, qui fait toujours face à la réalité avec beaucoup d’ironie. Si sa situation familiale est parfois très sombre, tout n’est pas sans espoir : à la fin du roman, les bonnes notes de Kévin font la fierté de ses parents, qui l’encouragent à travailler pour prouver au monde que « chez nous aussi y’a pas que des incapables ». Kévin se met à écrire, et découvre le pouvoir des mots. Il gagne ainsi le respect de ses camarades, grâce à l’humour avec lequel il décrit sa condition sociale.
L’autrice ne porte pas de jugement sur les personnages défavorisés, qu’elle décrit avec beaucoup de tendresse. Elle montre avec justesse qu’il est difficile, pour les classes inférieures, de s’approprier une culture classique souvent pensée par et pour les élites. En ce sens, la bibliothèque est représentée comme un lieu de découverte et d’émancipation, qui facilite l’accès à la culture pour tous. Le thème de la marginalisation est aussi abordé, notamment par le personnage d’Irène, une grand-mère pleine de vitalité qui refuse d’entrer en maison de retraite. L’autrice interroge ainsi la mise au ban des personnes âgées. La masculinité et ses penchants toxiques sont également évoqués. En effet, le père de Kévin veut absolument que son fils soit un parangon de virilité – et bien sûr, la lecture n’entre pas dans les activités masculines auxquelles son fils devrait se consacrer ! Pourtant, Kévin ne correspond à aucun de ces clichés : c’est un garçon qui aime lire et écrire, qui pleure parfois, et qui adore s’occuper de sa petite sœur. L’autrice fait donc toujours preuve de subtilité dans ce roman drôle et tendre, traitant avec légèreté et justesse de problématiques très actuelles.